{"id":1300,"date":"2026-09-08T17:12:36","date_gmt":"2026-09-08T15:12:36","guid":{"rendered":"https:\/\/lesamisdismailkadare.com\/?page_id=1300"},"modified":"2026-09-08T17:47:31","modified_gmt":"2026-09-08T15:47:31","slug":"tabir-total-sur-le-palais-des-reves","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/lesamisdismailkadare.com\/en\/tabir-total-sur-le-palais-des-reves\/","title":{"rendered":"Total Tabir\nOn The Palace of Dreams by Isma\u00efl Kadar\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><em>\u00ab\u00a0Voici quarante ans, monsieur,<br>que nous rempla\u00e7ons le destin.\u00a0\u00bb<\/em><br>Balzac, <em>La cousine Bette.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un texte de Jean-Jacques Didier, Docteur en philosophie et lettres (avec son aimable autorisation).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce roman semble nous offrir un conte. Il \u00e9tait une fois un palais des r\u00eaves (<em>Tabir sarrail<\/em>, en turc). Un palais o\u00f9 l\u2019on r\u00eave\u00a0? \u00c0 tout le moins un atelier cr\u00e9atif qui ferait la part belle \u00e0 l\u2019inconscient, ou une fumerie d\u2019opium o\u00f9 l\u2019on planerait en toute innocence\u00a0? En tout cas, un titre optimiste, pour contrebalancer <em>Avril bris\u00e9, Le g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019arm\u00e9e morte, L\u2019ombre, La niche de la honte, L\u2019hiver de la grande solitude.<\/em> Kadar\u00e9, conteur pour enfants, pour les grands enfants que nous sommes rest\u00e9s\u00a0?!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout bleu ciel que soit sa coupole, le palais n\u2019est ni un atelier ni une fumerie, mais une fumisterie d\u2019\u00c9tat. Une administration, un bureau. Le palais est une entreprise de surveillance totale, totalitaire, charg\u00e9e de sonder tous les sujets de l\u2019Empire jusque dans leur inconscient, leur refoul\u00e9, ce qui leur est \u00e0 eux-m\u00eames insaisissable. Et les r\u00eaves n\u2019y entrent que comme mat\u00e9riau brut dont il s\u2019agit, apr\u00e8s \u00e9puration et amputation, de sortir tous les vendredis \u2013 jour saint \u2013 un produit fini du Renseignement (un de ces mots majuscules chers aux dictatures).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L\u2019organigramme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voici l\u2019organigramme de cette police. Au bas de l\u2019\u00e9chelle, qui compte dix niveaux, les \u00ab&nbsp;r\u00eaveurs&nbsp;\u00bb (1). Tous les citoyens de l\u2019Empire sont pri\u00e9s de rendre compte de leurs r\u00eaves aux copistes de leur ville ou village, fonctionnaires subalternes (2). Des courriers font l\u2019aller-retour pour apporter ce butin \u00e0 la R\u00e9ception du palais (3). Le d\u00e9partement de la S\u00e9lection (4) juge les r\u00eaves nuls ou valables, auquel cas l\u2019employ\u00e9 sugg\u00e8re un th\u00e8me sous lequel les classer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Ceux qui avaient \u00e9t\u00e9 retenus \u00e9taient class\u00e9s en plusieurs groupes, selon les types de questions concern\u00e9s&nbsp;: s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019Empire (complots, trahisons, r\u00e9voltes)&nbsp;; politique int\u00e9rieure (avant tout l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de l\u2019Empire)&nbsp;; politique ext\u00e9rieure (alliances, guerres)&nbsp;; vie civile (exactions, abus, cas de corruption)&nbsp;; indices d\u2019un Ma\u00eetre-R\u00eave \u00e9ventuel&nbsp;; divers<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><strong>[1]<\/strong><\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;L\u2019h\u00e9sitation est permise. Les r\u00eaves certifi\u00e9s et ceux en balance sont transmis \u00e0 l\u2019Interpr\u00e9tation (5) charg\u00e9e d\u2019en extraire le sens&nbsp;; le sous-d\u00e9partement des Interpr\u00e9tations difficiles (5b) peut au besoin intervenir. Il s\u2019agit d\u2019\u00eatre s\u00e9rieux, car le bureau de la V\u00e9rification (6) peut lancer \u00e0 tout instant et \u00e0 tous les niveaux du palais une inspection surprise. Le r\u00eaveur m\u00eame, si son r\u00eave complexe soul\u00e8ve la controverse, est soustrait de son gourbi natal et amen\u00e9 \u00e0 la capitale pour subir un interrogatoire op\u00e9r\u00e9 par la Chambre de la mise au secret (7). Chapeautent la pyramide, la Direction g\u00e9n\u00e9rale et ses sous-directeurs (8). Le secteur du Ma\u00eetre-R\u00eave (9) choisit ensuite le champion des r\u00eaves cens\u00e9 \u00e9clairer l\u2019avenir de l\u2019Empire, et qu\u2019on apporte tous les vendredis au Sultan. Enfin, une fois analys\u00e9s et empaquet\u00e9s, tous les r\u00eaves sont d\u00e9pos\u00e9s aux Archives (10).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On trouvera \u00e9trange que cette pyramide, si soigneusement ma\u00e7onn\u00e9e, ne comporte pas de service de Traduction, alors que cet Empire embrasse des dizaines de peuples. Le r\u00f4le en est-il d\u00e9volu aux copistes, ou la S\u00e9lection est-elle compartiment\u00e9e en cat\u00e9gories linguistiques&nbsp;? Le conte ne le dit pas, ni ne donne l\u2019\u00e2ge du capitaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L\u2019espace (le labyrinthe)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La complexit\u00e9 de l\u2019organigramme se trouve relay\u00e9e par celle, bien physique, de l\u2019\u00e9difice. Pr\u00e9sentant des centaines de salles r\u00e9parties sur plusieurs \u00e9tages souterrains et en surface, les galeries et les escaliers en sont monumentaux. Les portes, de dimensions imposantes, sont toutes semblables. Aucune signal\u00e9tique, aucun fl\u00e9chage, aucune plaque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Les galeries lui paraissaient tour \u00e0 tour famili\u00e8res et \u00e9trang\u00e8res. Il n\u2019entendait pas m\u00eame la moindre ouverture de porte. Il s\u2019engagea dans un large escalier et monta \u00e0 l\u2019\u00e9tage sup\u00e9rieur, puis redescendit \u00e0 son point de d\u00e9part et, quelques instants apr\u00e8s, se retrouva m\u00eame un \u00e9tage plus bas. Partout le m\u00eame silence, le m\u00eame vide.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Le labyrinthe semble se refermer sur lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Il lui fallut pr\u00e8s d\u2019une demi-heure pour atteindre enfin le sous-sol du palais.<\/em> [\u2026]. <em>Il crut entendre des pas non loin de lui et pressa l\u2019allure pour rejoindre l\u2019inconnu, mais les pas de l\u2019autre s\u2019acc\u00e9l\u00e9r\u00e8rent \u00e0 leur tour. Il s\u2019arr\u00eata, l\u2019autre fit de m\u00eame. Il s\u2019aper\u00e7ut alors que ces pas \u00e9taient les siens.<\/em> [\u2026] <em>Maintenant, il avait l\u2019impression que cette galerie \u00e9tait de forme circulaire<\/em>. <em>Par moments, il croyait encore entendre des pas \u00e9loign\u00e9s, mais ce pouvait \u00eatre aussi bien l\u2019\u00e9cho de l\u2019\u00e9cho de ses pas, ou les pas de gens marchant \u00e0 d\u2019autres \u00e9tages<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><strong>[2]<\/strong><\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le lecteur jouit d\u2019une vue a\u00e9rienne que n\u2019a pas le personnage principal qu\u2019on vient d\u2019accompagner dans ses errances. Mark-Alem Quprili est issu d\u2019une illustre et puissante famille de la capitale ayant compt\u00e9 des ministres et, \u00e0 l\u2019heure du r\u00e9cit, un vizir, oncle du personnage. M\u00eame si le titre original du roman lui donne le premier r\u00f4le (<em>Nepunesi i pallatit te endrrave, Employ\u00e9 au palais des r\u00eaves<\/em>), on h\u00e9site \u00e0 qualifier plus avant Mark-Alem de h\u00e9ros, tant son attitude est d\u2019un t\u00e9moin passif, recrut\u00e9 par le service de la S\u00e9lection et qui ne comprend rien au drame qui se joue. Il ne comprendra pas davantage sa propre promotion au rang de sous-directeur au lendemain du drame qui atteindra sa famille. Ce \u00ab&nbsp;t\u00e9moin&nbsp;\u00bb endosse malgr\u00e9 lui le r\u00f4le de l\u2019aveugle de service, comme un \u0152dipe de banlieue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Malaise au dehors<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s l\u2019entame du roman, Mark-Alem se montre h\u00e9sitant. Le doute et l\u2019angoisse jalonnent son parcours priv\u00e9 et professionnel. Le malaise qu\u2019il \u00e9prouve comme fonctionnaire au palais se trouve d\u00e9j\u00e0 en germe dans sa difficult\u00e9 vitale \u00e0 poser le pied dans son quotidien. Les questions qu\u2019il laisse sans r\u00e9ponse, les gestes contradictoires et les erreurs de jugement se multiplient. On ne compte plus le nombre de <em>mais<\/em> qui le montrent pr\u00eat \u00e0 agir ou \u00e0 juger, pour aussit\u00f4t faire ou penser l\u2019inverse. Il \u00e9prouve beaucoup de mal \u00e0 se concentrer. Mal de t\u00eate, fatigue oculaire lui sont habituels. Espace et temps sont tant\u00f4t distendus, tant\u00f4t contract\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[\u2026] <em>Il se produisit alors quelque chose qui lui parut proprement terrifiant<\/em> [\u2026] <em>le fonctionnaire au visage morose, tout en poursuivant sa lecture, s\u2019\u00e9tait lentement lev\u00e9 de son si\u00e8ge. Son mouvement ascendant \u00e9tait si lent, si r\u00e9gulier, que Mark-Alem fut saisi d\u2019\u00e9pouvante en raison m\u00eame de cette lenteur, de cette r\u00e9gularit\u00e9<\/em> [\u2026]<em>. Il fut sur le point de crier&nbsp;: Assez, je ne veux plus de cet emploi, rendez-moi ma lettre<\/em> [\u2026] <em>mais le fonctionnaire \u00e9tait \u00e0 pr\u00e9sent compl\u00e8tement debout<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><strong>[3]<\/strong><\/a><\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019atmosph\u00e8re du palais aggrave la sensation d\u2019irr\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il \u00e9prouve dans la vie ordinaire. Mais n\u2019est-ce pas pour ces raisons m\u00eames que sa m\u00e8re souhaitait lui voir embrasser cet emploi&nbsp;? Soustraire son fragile enfant aux vicissitudes du r\u00e9el&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Le Tabir lui semblait la seule institution capable d\u2019assurer le salut de son fils. Outre que cet organisme offrait des possibilit\u00e9s illimit\u00e9es de faire carri\u00e8re, l\u2019avantage essentiel qu\u2019elle y trouvait r\u00e9sidait dans son caract\u00e8re vague et brumeux. Dans cette administration, la r\u00e9alit\u00e9 se d\u00e9doublait, on acc\u00e9dait tr\u00e8s vite au domaine de l\u2019irr\u00e9el, et ce brouillard lui semblait l\u2019\u00e9l\u00e9ment susceptible de servir de meilleur refuge \u00e0 son fils quand viendraient \u00e0 \u00e9clater les orages<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><strong>[4]<\/strong><\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9nigmatique \u00ab&nbsp;Tu nous conviens<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>&nbsp;\u00bb prof\u00e9r\u00e9 deux fois \u00e0 Mark-Alem comme seule justification \u00e0 son engagement corrobore le ressenti maternel. Sans doute la raison que d\u00e9tectent, quant \u00e0 eux, ses employeurs tient-elle \u00e0 sa soumission, \u00e0 sa mall\u00e9abilit\u00e9, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 son influente famille ou \u00e0 ses capacit\u00e9s. On le suivra d\u00e8s lors, constamment timide, craintif, ob\u00e9issant, questionneur, cherchant sans cesse \u00e0 se rassurer, quitte \u00e0 s\u2019abstraire de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Qu\u2019\u00e9tait-il donc arriv\u00e9 \u00e0 la vie, aux hommes, \u00e0 toutes choses ici-bas&nbsp;? L\u00e0-bas<\/em> [\u2026] <em>dans ses dossiers, tout \u00e9tait si diff\u00e9rent, si beau, si plein de fantaisie<\/em> [\u2026] <em>Comme ce monde-ci paraissait encha\u00een\u00e9, avare et fastidieux au regard de l\u2019autre qu\u2019il servait&nbsp;!<\/em> [\u2026] <em>Il avait d\u00e9cid\u00e9ment bien fait, ces derniers mois, de ne pas sortir et de ne voir personne<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><strong>[6]<\/strong><\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand Mark-Alem quitte le palais le soir, il \u00e9prouve de plus en plus de mal \u00e0 se r\u00e9ancrer&nbsp;: sa conscience est engloutie au point que c\u2019est la r\u00e9alit\u00e9 du dehors (les rues, les gens) qui lui semble de plus en plus \u00e9trange. Il se produit une inversion des p\u00f4les r\u00eave\/r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Malaise au-dedans<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quoi qu\u2019il dise, il n\u2019y est pourtant pas toujours \u00e0 l\u2019aise. Le palais est un syst\u00e8me bien clos (\u00ab&nbsp;non point l\u2019ouverture, mais l\u2019isolement<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>&nbsp;\u00bb le pr\u00e9vient son chef).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aux Archives, Mark-Alem est de nouveau pris de malaise (<em>doigts gourds<\/em> [\u2026] <em>violent \u00e9lancement dans la t\u00eate<\/em> [\u2026] <em>Des mouches voletaient devant ses yeux<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><strong>[8]<\/strong><\/a><\/em>\u2026 <em>Qu\u2019\u00e9tait-ce que cette somnolence qui gagnait chacun de ses membres&nbsp;?<\/em> [\u2026] <em>Et s\u2019il venait \u00e0 s\u2019effondrer et qu\u2019il s\u2019endorm\u00eet dans ces couloirs d\u00e9serts&nbsp;?<\/em><a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a>)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le monde souterrain des Archives pourrait bien garder sa proie, comme <em>l\u2019Enfer<\/em> de Dante ses damn\u00e9s ou comme le pont aux trois arches son emmur\u00e9<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp;Si le Tabir Sarrail est comme le sommeil par rapport \u00e0 la vie r\u00e9elle, reprit l\u2019archiviste en poussant une porte, les Archives sont comme un sommeil encore plus lourd \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du sommeil du Tabir<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\"><strong>[11]<\/strong><\/a>&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Car il s\u2019agit bien du sommeil dit \u00e9ternel, dont on ne se r\u00e9veille pas, et il faudra la mort bien r\u00e9elle d\u2019autres hommes, pour que se rompe l\u2019enchantement, autrement dit l\u2019ensorcellement. Son retour \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 s\u2019esquisse dans les toutes derni\u00e8res lignes, non sans laisser planer un avenir p\u00e9rilleux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le travail proprement \u00ab&nbsp;infernal&nbsp;\u00bb de Mark-Alem consiste donc \u00e0 encager des nuages. L\u00e0 r\u00e9side la folie du palais, tout autant que sa raison d\u2019exister, hors de toute logique, au-dessus de tout r\u00e9el. Il s\u2019agit de d\u00e9-r\u00eaver les songes, de traduire les trois ou quatre dimensions d\u2019un r\u00eave en l\u2019unique dimension lin\u00e9aire d\u2019un rapport de police, des fantasmes chauds en comptes rendus proc\u00e9duriers, sans consulter le r\u00eaveur, mais dans le soliloque d\u2019un fonctionnaire<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a>&nbsp;; absurdit\u00e9 comique<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a> si elle n\u2019\u00e9tait meurtri\u00e8re&nbsp;: la seule fois o\u00f9 le r\u00eaveur est amen\u00e9 \u00e0 commenter son r\u00eave, c\u2019est sous la forme moyen\u00e2geuse de la question, dont on ne sort pas vivant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[Cette institution] <em>serait absurde dans un mode logique<\/em> [dit Kurt]<em>. Dans notre monde tel qu\u2019il est, en revanche, je la trouve parfaitement normale<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\"><strong>[14]<\/strong><\/a>&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le labyrinthe du palais singe les circonvolutions du cerveau, mais sa complexit\u00e9 n\u2019en est qu\u2019une imitation grossi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le palais pr\u00e9tend donc faire dire aux r\u00eaves le r\u00e9el \u00e0 venir, quitte \u00e0 inverser la man\u0153uvre&nbsp;: fabriquer des r\u00eaves qui diront ce que le pouvoir a convenu de leur faire dire, car \u00ab&nbsp;ne peut voir vraiment que celui qui sait, l\u2019initi\u00e9, l\u2019admis aux myst\u00e8res<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a>&nbsp;\u00bb. R\u00eave et r\u00e9alit\u00e9&nbsp;: qui invente l\u2019autre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>On disait donc que certains Ma\u00eetres-R\u00eaves \u00e9taient des faux, qu\u2019ils \u00e9taient fabriqu\u00e9s au Tabir Sarrail par les employ\u00e9s eux-m\u00eames, au gr\u00e9 des int\u00e9r\u00eats des puissants groupes rivaux au pouvoir, ou selon l\u2019humeur du Souverain<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\"><strong>[16]<\/strong><\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Tragique et trag\u00e9die<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La magie et les oracles traversent le roman. On y remarquera l\u2019importance du regard et de la c\u00e9cit\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>\u00a0La vieille gouvernante de Mark-Alem lit dans le marc de caf\u00e9\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Un groupe d\u2019aveugles fr\u00e9quente le caf\u00e9 o\u00f9 descend Mark-Alem, non des aveugles de naissance, mais \u00ab\u00a0<em>leurs yeux, diff\u00e9rents de ceux du commun des mortels, avaient un regard mal\u00e9fique [\u2026] le grand \u00c9tat ottoman, pour se d\u00e9fendre lui-m\u00eame et pr\u00e9munir le reste de ses sujets, avait d\u00e9cid\u00e9 par d\u00e9cret sp\u00e9cial que ces individus devaient avoir les yeux crev\u00e9s<\/em><a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\">[17]<\/a>\u00a0\u00bb\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Dans la chanson de geste qui c\u00e9l\u00e8bre les Quprili, un homme provoque en duel son ennemi mort. L\u00e0 encore, un chevalier, aveugl\u00e9 par sa propre m\u00e8re, erre dans la montagne, mont\u00e9 sur un cheval lui aussi aveugle\u00a0;<\/li>\n\n\n\n<li>Le directeur de Mark-Alem \u00e9voque l\u2019Oracle de Delphes et les chiromanciens antiques, qui ont jet\u00e9 les bases (bien modestes, dit-il) de ce qu\u2019accomplit le Tabir Sarrail, lequel, sous le nom de Yildis Sarrail, a d\u2019abord consacr\u00e9 son travail \u00e0 l\u2019observation des \u00e9toiles.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Choisi et d\u00e9cortiqu\u00e9, le Ma\u00eetre-R\u00eave d\u00e9clenche la trag\u00e9die. Forme achev\u00e9e de la d\u00e9lation<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\">[18]<\/a> involontaire, il d\u00e9cime tout autour de lui. Seule trace de r\u00e9bellion, l\u2019insomnie g\u00e9n\u00e9rale, la gr\u00e8ve du sommeil que choisissent les Albanais, infime peuple de l\u2019Empire. Sans sommeil, pas de r\u00eave. Sans r\u00eave, plus de grain \u00e0 moudre au palais. Mais l\u2019\u00e9v\u00e9nement est anecdotique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le sort des Quprili est, quant \u00e0 lui, d\u00e9celable d\u00e8s les premi\u00e8res pages pour le lecteur attentif, mais non pour Mark-Alem. Il apprend que son patronyme provient du mot albanais d\u00e9signant un pont<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\">[19]<\/a>. Un des premiers comptes-rendus de r\u00eave qu\u2019il lit se d\u00e9roule justement au pied d\u2019un pont&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Un terrain abandonn\u00e9 au pied d\u2019un pont&nbsp;;<\/em> [\u2026] <em>Parmi les ordures<\/em> [\u2026], <em>un vieil instrument de musique \u00e0 l\u2019aspect insolite, qui jouait tout seul dans cette \u00e9tendue d\u00e9serte, et un taureau, apparemment mis en furie par ces sons, qui mugissait au pied du pont\u2026<\/em><a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\">[20]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n\u2019y comprend rien, le jette dans le paquet des r\u00eaves nuls, puis le reprend, le relit et le classe, somm\u00e9 d\u2019un point d\u2019interrogation, \u00e0 charge de l\u2019Interpr\u00e9tation d\u2019en d\u00e9cider.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Promu rapidement au rang d\u2019interpr\u00e8te, c\u2019est lui qui se retrouve devant le compte rendu, sans parvenir \u00e9videmment \u00e0 l\u2019\u00e9lucider, m\u00eame si un instant il se demande s\u2019il ne serait pas li\u00e9 \u00e0 son patronyme. \u00ab&nbsp;Songe creux&nbsp;\u00bb, finit-il par dire&nbsp;; plus tard, son oncle Kurt le pr\u00e9vient que les rhapsodes invit\u00e9s par les Quprili \u00e0 chanter l\u2019\u00e9pop\u00e9e familiale \u00ab&nbsp;chanteront entre autres la vieille <em>ballade du pont aux trois arches<\/em>, dont d\u00e9rive le nom de notre famille<a href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\">[21]<\/a>&nbsp;\u00bb. C\u2019est seulement quand le rhapsode entame le chant fatidique, qu\u2019il se sent oppress\u00e9&nbsp;: des bribes du r\u00eave lui reviennent, mais confus\u00e9ment, et de toute fa\u00e7on trop tard. Aveugle jusqu\u2019au bout alors qu\u2019il aurait d\u00fb servir d\u2019\u00e9claireur officieux de sa famille, il n\u2019a pu leur \u00e9viter la chute brutale. Kurt sera la victime expiatoire pour que survive, mais amput\u00e9e, la dynastie. Mark-Alem comprend enfin le r\u00eave de la bouche d\u2019un coll\u00e8gue mieux renseign\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Les Quprili (le pont), \u00e0 travers leur geste (l\u2019instrument de musique) se livraient \u00e0 une action contre l\u2019\u00c9tat (le taureau furieux)<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\"><strong>[22]<\/strong><\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le motif de l\u2019ex\u00e9cution de Kurt, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la chanson de geste que ce dernier avait command\u00e9e pour la fatidique soir\u00e9e de gala. Le r\u00eave aura en outre caus\u00e9 la mort des trois musiciens et de l\u2019infortun\u00e9 auteur du r\u00eave, un marchand de l\u00e9gumes qu\u2019on aura mis \u00e0 la question.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le palais des r\u00eaves se constitue m\u00e9taphoriquement de deux pyramides invers\u00e9es. \u00c0 la pointe de l\u2019une figure d\u00e9sormais Mark-Alem, nomm\u00e9 sous-directeur au lendemain du drame, et \u00e0 la pointe inverse se trouve Kurt, pr\u00e9cipit\u00e9 dans la mort. Le palais distribue la r\u00e9compense et le ch\u00e2timent selon des crit\u00e8res sibyllins. Construction m\u00e9thodique, mais o\u00f9 les r\u00f4les d\u00e9volus d\u00e9pendent d\u2019un arbitraire jupit\u00e9rien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Non seulement tragique dans son argument, l\u2019ouvrage de Kadar\u00e9 r\u00e9actualise la trag\u00e9die comme genre. Il suit la marche d\u2019un irr\u00e9sistible destin, celui d\u2019un homme \u00e0 qui des avertissements sont prof\u00e9r\u00e9s dans une langue \u00e9trange, par des voies plus absconses encore. Incapable de les interpr\u00e9ter, de plus en plus angoiss\u00e9, il poursuit n\u00e9anmoins son chemin. L\u2019approche de la mort se ponctue de courts r\u00e9pits et d\u2019inutiles implorations (\u00ab&nbsp;Que Dieu nous prot\u00e8ge<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\">[23]<\/a>&nbsp;!&nbsp;\u00bb) qui la rendent encore plus implacable aux yeux du lecteur, jusqu\u2019au surgissement du <em>fatum<\/em>. C\u2019est paradoxalement au moment o\u00f9 le ch\u0153ur antique tant attendu va entonner la chanson de geste \u00e0 sa gloire, que la puissante famille subit les foudres du Zeus ottoman.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si le mot turc <em>saray<\/em>, francis\u00e9 en <em>sarrail<\/em> par le traducteur, d\u00e9signe bien un palais, <em>Tabir<\/em> quant \u00e0 lui, signifie, non pas \u00ab&nbsp;le r\u00eave&nbsp;\u00bb, mais \u00abla phrase&nbsp;\u00bb. Au terme de notre analyse, le Tabir Sarrail est donc le temple de la Phrase homicide, de l\u2019Oracle assassin. On est loin du conte de f\u00e9e<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\">[24]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.42.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> <em>Ibid<\/em>., 122.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 16.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p 54-55.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> \u00ab&nbsp;Tu nous conviens\u2026 Cette phrase, Mark-Alem se l\u2019\u00e9tait r\u00e9p\u00e9t\u00e9e mentalement des dizaines de fois, comme si cela avait pu l\u2019aider \u00e0 en p\u00e9n\u00e9trer le sens. Or, elle \u00e9tait comme \u00e7a, ferm\u00e9e de toutes parts, \u00e9nigmatique, polie comme une paroi lisse \u00e0 laquelle on ne peut s\u2019agripper pour tenter de la franchir.&nbsp;\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p.43).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p 109.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p 18.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.134.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.137.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Il s\u2019agit du pont d\u2019o\u00f9 d\u00e9coule le nom des Quprili&nbsp;: pour en assurer la stabilit\u00e9, un homme y aurait \u00e9t\u00e9 emmur\u00e9 vivant. Un autre roman de Kadar\u00e9, <em>Le pont aux trois arches<\/em>, revient sur la l\u00e9gende.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.126.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Le critique Brumes \u00e9tablit une comparaison passionnante avec la pr\u00e9sente obsession de l\u2019interpr\u00e9tation dans nos soci\u00e9t\u00e9s m\u00e9diatiques&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c0 quoi ressemble notre soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9diatique et politique actuelle sinon \u00e0 une fabrique herm\u00e9neutique permanente&nbsp;? Chaque fait divers, plus ou moins absurde, est jug\u00e9 signifiant&nbsp;: il fait l\u2019objet d\u2019interpr\u00e9tations \u00e9conomiques, sociologiques, politiques [\u2026]. La r\u00e9alit\u00e9 est envisag\u00e9e comme une masse crypt\u00e9e de faits au sein de laquelle r\u00e9sident des messages, des sens, qu\u2019il convient de trouver, gr\u00e2ce \u00e0 des experts, dont l\u2019interpr\u00e9tation ne peut faire que consensus.&nbsp;\u00bb (in Brumes, <em>Une initiation&nbsp;:<\/em> Le palais des r\u00eaves<em>, d\u2019Ismail Kadar\u00e9<\/em>, [brumes.wordpress.com], 11 mars 2014, consult\u00e9 en juillet 2026).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> Henri Bergson d\u00e9finit le comique comme du m\u00e9canique plaqu\u00e9 sur du vivant. Ici, \u00ab&nbsp;le contraste est \u00e9clatant entre des r\u00eaves abstrus et incoh\u00e9rents, ind\u00e9chiffrables par nature, et une rationalisation administrative maniaque, avec ses normes, ses routines, ses protocoles&nbsp;\u00bb (Brumes, <em>art. cit<\/em>.).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> <em>Le palais des r\u00eaves,<\/em> p.57. La lucidit\u00e9 proclam\u00e9e de Kurt lui sera fatale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> Brumes, <em>art. cit<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> <em>Le palais des r\u00eaves,<\/em> p.118. Par ces mots, le vizir invite son neveu \u00e0 ouvrir l\u2019\u0153il, car il pressent la menace qui p\u00e8se sur sa famille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.111. Le th\u00e8me du regard mal\u00e9fique qu\u2019on punit de cette mani\u00e8re est d\u00e9velopp\u00e9 dans <em>Le firman aveugle<\/em> (1984).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> Kadar\u00e9 qualifie de \u00ab&nbsp;superd\u00e9nonciations&nbsp;\u00bb les Ma\u00eetres-R\u00eaves (cit\u00e9 par Jean-Paul Champseix, <em>Isma\u00efl Kadar\u00e9&nbsp;: une dissidence litt\u00e9raire,<\/em> chap.IX, \u00ab&nbsp;<em>Le palais des r\u00eaves<\/em> ou la ma\u00eetrise totalitaire&nbsp;\u00bb, p.275 \u00e0 331, H. Champion, 2019, p.319). Le critique y \u00e9tudie magistralement la port\u00e9e socio-politique du roman.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> <em>Le palais des r\u00eaves,<\/em> p.9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\">[20]<\/a> <em>Ibid<\/em>., 45.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\">[21]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 64.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\">[22]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 166.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\">[23]<\/a> Formul\u00e9 d\u2019abord par Mark-Alem puis par sa m\u00e8re (<em>Ibid.<\/em>, p.141 et 145).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\">[24]<\/a> Le nom de Tabir Sarrail a fait flor\u00e8s. Il est aujourd\u2019hui port\u00e9 par un quintette dijonnais de post-rock et par un site namurois d\u2019escalade.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Voici quarante ans, monsieur,que nous rempla\u00e7ons le destin.\u00a0\u00bbBalzac, La cousine Bette. Un texte de Jean-Jacques Didier, Docteur en philosophie et lettres (avec son aimable autorisation). Ce roman semble nous offrir un conte. Il \u00e9tait une fois un palais des r\u00eaves (Tabir sarrail, en turc). Un palais o\u00f9 l\u2019on r\u00eave\u00a0? \u00c0 tout le moins un atelier&hellip;<\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-1300","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lesamisdismailkadare.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1300","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lesamisdismailkadare.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/lesamisdismailkadare.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lesamisdismailkadare.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lesamisdismailkadare.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1300"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/lesamisdismailkadare.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1300\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1307,"href":"https:\/\/lesamisdismailkadare.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1300\/revisions\/1307"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lesamisdismailkadare.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1300"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}