par Claire Patouillet, essayiste et analyste littéraire, membre de l’association, nov. 2025
I. Kadaré et l’anthropologie : une relation complexe
L’écrivain comme ethnographe
Ismaïl Kadaré occupe une position singulière dans le champ littéraire. Celle d’un écrivain et d’un observateur ethnographique de sa propre société. Sans être anthropologue de formation, il déploie dans ses romans une connaissance intime des structures sociales albanaises, de leurs codes, de leurs rituels, de leurs logiques internes.
Cette dimension ethnographique de son œuvre ne relève pas du folklore pittoresque ou de la couleur locale. Elle procède d’une volonté délibérée de documenter, d’analyser et de questionner les fondements anthropologiques de la société albanaise. Kadaré se nourrit des travaux des albanologues, intègre leurs découvertes, dialogue implicitement avec leurs analyses.
L’œuvre de Kadaré brosse ainsi un tableau de l’Albanie qui rejoint les préoccupations de l’albanologie, science qui étudie la langue, l’histoire, la culture et les institutions albanaises[1]. Elle puise dans les travaux conduits par les albanologues étrangers et albanais des thèmes et des idées sur les caractéristiques culturelles et l’histoire des Albanais.
Le statut épistémologique du roman ethnographique
Se pose alors les questions suivantes : quel type de connaissance le roman peut-il produire sur les réalités anthropologiques ? Le projet de connaissance du romancier diffère-t-il fondamentalement de celui de l’ethnographe ? L’anthropologue Gérard Lenclud, qui s’est penché sur Avril brisé[2], pose ces questions avec acuité.
Le roman ne vise pas à démonter patiemment la mécanique sociale observable puis à reconstituer une trame d’idées et de valeurs cristallisées dans une société donnée. Cette tâche relève plutôt de l’anthropologue. L’écrivain, lui, s’y attèle différemment. Il explore les destins individuels pris dans l’étau de ces structures.
Pourtant, le roman peut révéler des vérités anthropologiques que l’analyse scientifique peine parfois à saisir. Par exemple, la dimension existentielle des contraintes sociales, l’expérience vécue des codes traditionnels ou la manière dont les individus négocient avec les normes collectives.
II. Le Kanun : code coutumier et structure anthropologique fondamentale
Nature et fonction du Kanun
Le Kanun constitue la structure anthropologique centrale dans l’œuvre de Kadaré, particulièrement dans Avril brisé, Qui a ramené Doruntine ? et Le Pont aux trois arches. Ce code coutumier, transmis oralement de génération en génération, régit tous les aspects de la vie sociale dans l’Albanie traditionnelle du Nord, à savoir l’organisation familiale, la propriété foncière, l’hospitalité, le mariage, mais surtout la vendetta ou la gjakmarrja (vengeance de sang).
Le Kanun est connu pour être celui du prince Lekë Dukagjini qui l’aurait transmis oralement dans les tribus des hauts-plateaux du Nord de l’Albanie au cours du XVe siècle[3]. Mais ses origines remontent probablement à des strates bien plus anciennes de la société albanaise, peut-être jusqu’aux Illyriens[4].
Contrairement à une idée reçue, le Kanun ne se réduit pas à la vendetta. Il est à la fois constitution, code civil, code pénal et code des obligations. Il structure l’ensemble des relations sociales et définit un système complet de normes et de valeurs.
La vendetta et le cycle du sang
Dans Avril brisé, Kadaré explore avec une précision quasi ethnographique le mécanisme de la vendetta tel que le codifie le Kanun. Gjorg, le protagoniste, hérite d’une dette de sang vieille de quarante ans. Il doit tuer l’assassin de son frère, puis se soumettre à son tour à la vengeance de la famille adverse.
Le Kanun règle minutieusement tous les aspects de ce processus : la manière de tuer, de traiter le cadavre, de l’annoncer à la communauté, les périodes de trêve, le montant de l’impôt du sang à verser, etc. Cette codification extrême transforme la violence en rituel, la vengeance en devoir sacré.
Sous la plume de Kadaré, le montagnard du Plateau entre dans la vie construit corps et âme par les lois du Kanun. Celles-ci se rappellent à lui à chaque instant, jusque dans les paysages tels qu’un simple champ en friche qui devient le signal d’un clan débiteur de sang ou encore des murs incendiés d’une kulla (habitation typique des hauts-plateaux de l’Albanie), le refuge de quelqu’un qui a failli à ses obligations.
Le Kanun fonctionne un peu comme une seconde nature, celle à laquelle, quoi qu’il en soit, on n’échappe pas et on se plie. Mais n’est-il pas plutôt l’enfant naturel né d’une société malade ? Cette question traverse l’œuvre de Kadaré et suscite des interrogations anthropologiques fondamentales.
Les institutions du Kanun : bessa et hospitalité
Au-delà de la vendetta, le Kanun institue une autre norme essentielle de la culture profonde albanaise : la bessa. Autre concept central du code coutumier, elle renvoie au respect absolu de la parole donnée. Dans les entretiens avec Eric Faye[5], Kadaré explique que pour lui, la bessa est liée au Macbeth de Shakespeare, selon lequel un crime contre l’hôte constitue la pire des fautes dans la logique du Kanun.
L’hospitalité revêt dans le Kanun un caractère sacré, presque divin. Tuer l’hôte est impardonnable, car cela revient à verser le sang de Dieu. Kadaré reformule l’article 602 du Kanun : « La maison de l’Albanais est celle de Dieu et de l’hôte. » Cette protection absolue accordée à l’étranger témoigne de l’ancienneté du code et de sa dimension religieuse.
La kulla : architecture et structure sociale
La kulla, tour de pierre fortifiée caractéristique de l’Albanie du Nord, constitue dans l’œuvre de Kadaré bien plus qu’un élément architectural. Elle incarne la structure familiale et l’organisation sociale traditionnelle. La kulla est le lieu où la famille se retranche en cas de vendetta, l’espace où s’exerce la réclusion protectrice.
Cette architecture reflète une organisation sociale basée sur le lignage patrilinéaire (système de filiation et d’héritage par le père), la solidarité clanique et la défense collective. La kulla symbolise la permanence de la famille dans le temps, sa résistance aux agressions extérieures, mais aussi son enfermement dans des logiques ancestrales.
III. Les structures familiales et tribales
La famille patriarcale étendue
L’œuvre de Kadaré documente avec précision les structures familiales traditionnelles albanaises, fondées sur le modèle patriarcal étendu. La famille ne se limite pas au noyau conjugal mais englobe plusieurs générations vivant sous l’autorité d’un patriarche.
Cette organisation familiale détermine les solidarités, les obligations, les héritages. Elle structure les relations de genre (domination masculine absolue, réclusion des femmes), les rapports entre générations (soumission des cadets aux aînés), et les alliances matrimoniales (mariages arrangés, circulation des femmes entre lignages).
Dans Avril brisé, cette structure familiale apparaît dans toute sa rigidité. Gjorg ne peut échapper au destin que lui impose son appartenance familiale. Il n’existe pas comme individu autonome mais comme maillon d’une chaîne généalogique qui le dépasse et le contraint.
Le système tribal et la « fis »
Au-delà de la famille, l’organisation sociale albanaise traditionnelle repose sur le système tribal ou la fis. La fis désigne un groupe de descendance patrilinéaire, souvent exogame (qui pratique le mariage entre fis différentes, contraire d’endogame), qui constitue l’unité politique et militaire de base dans les montagnes du Nord.
Dans Qui a ramené Doruntine ?, il s’agit d’un passage de l’endogamie vers l’exogamie. Kadaré s’appuie sur un postulat évolutionniste selon lequel le mariage endogame aurait précédé le mariage exogame dans l’histoire des sociétés albanaises.
En effet, Kadaré évoque régulièrement ces structures tribales qui découpent le territoire en zones d’influence, qui déterminent les alliances et les conflits, et qui perpétuent les mémoires généalogiques. Le système tribal fonctionne comme un niveau intermédiaire entre la famille et la nation, créant des solidarités particulières mais aussi des divisions profondes.
Cette organisation tribale explique en partie la persistance de la vendetta car la responsabilité est collective, le sang d’un membre du clan appelle la vengeance de tout le clan adverse. L’individu disparaît derrière l’appartenance collective.
Les femmes dans les structures traditionnelles
L’œuvre de Kadaré révèle la position des femmes dans les structures sociales traditionnelles : objets d’échange entre lignages, exclues de l’héritage, soumises à l’autorité masculine absolue, mais aussi parfois gardiennes de la mémoire et de la transmission.
Dans Qui a ramené Doruntine ?, la figure féminine occupe une place centrale, interrogeant les limites du système patriarcal. Doruntine, mariée loin de chez elle, représente la femme prise entre deux familles, deux territoires, deux appartenances. Son retour miraculeux, attribué à son frère mort, questionne les fondements du système.
Les vierges jurées, désignées sous le terme de burrnesha, sont des femmes qui prennent le statut d’hommes et renoncent au mariage. Elles constituent une autre figure absolument fascinante que Kadaré évoque que trop ponctuellement. Ce statut de femme révèle pourtant la flexibilité relative du système de genre dans certaines circonstances, mais confirme aussi à nouveau la supériorité structurelle du masculin.
IV. Les codes d’honneur et les valeurs traditionnelles
L’honneur comme principe organisateur
L’honneur (nderi) constitue la valeur centrale qui structure l’ensemble du système social traditionnel albanais. Il ne s’agit pas d’un sentiment individuel mais d’un capital collectif. La famille doit le préserver à tout prix.
Kadaré définit cet honneur souvent négativement. Il peut être perdu, souillé, offensé. Ainsi, la vendetta constitue le mécanisme de restauration de l’honneur perdu par le meurtre d’un membre de la famille. Ne pas venger le sang équivaut à perdre définitivement l’honneur, c’est-à-dire l’existence sociale même.
Kadaré montre comment cette logique de l’honneur emprisonne les individus dans des cycles mortifères. Gjorg, dans Avril brisé, ne peut pas choisir. Il doit tuer pour préserver l’honneur familial, au prix de sa propre vie future. L’honneur s’avère ainsi un maître impitoyable qui exige le sacrifice des vivants.
La honte et l’exclusion sociale
Le pendant de l’honneur est la honte (turp). Elle plane comme une menace permanente qui au-dessus de ceux qui transgresseraient les codes et elle pèse lourd lorsqu’elle s’abat sur leurs épaules. En effet, la honte n’est pas seulement un sentiment moral, elle entraîne l’exclusion sociale, la perte de statut, parfois l’exil ou la mort.
Cette logique de l’honneur et de la honte fonctionne comme un système de contrôle social redoutablement efficace, si l’on en croit Kadaré. Elle intériorise les normes collectives, transforme les contraintes externes en impératifs moraux et surtout, rend impensable la transgression.
Kadaré explore les mécanismes psychologiques par lesquels les individus intègrent ces valeurs jusqu’à ne plus pouvoir concevoir d’alternative. Le Kanun ne s’impose pas seulement de l’extérieur : il habite les consciences, structure les affects, définit les possibilités mêmes de l’existence.
Le courage, la parole, la fidélité
D’autres valeurs traditionnelles traversent l’œuvre de Kadaré : le courage guerrier valorisé dans l’épopée et les chants héroïques, la fidélité à la parole donnée (bessa) qui lie les êtres dans l’absolu et la loyauté au clan et à la famille qui prime sur tout autre attachement.
Ces valeurs dessinent un idéal masculin particulier : le paladin (héros guerrier qui défend son honneur, respecte sa parole, protège sa famille). Cet idéal pour le moins épique persiste encore dans les imaginaires.
V. Tradition et modernité : tensions et contradictions
Le choc entre l’archaïque et le moderne
Un thème central de l’œuvre de Kadaré réside dans la confrontation violente entre les structures traditionnelles et la modernité imposée, qu’elle soit ottomane, fasciste ou communiste. Dans Avril brisé, le couple de citadins qui traverse le Plateau incarne cette modernité qui regarde avec incompréhension les coutumes ancestrales.
Diana, la jeune femme, s’indigne devant la logique de la vendetta. Elle ne comprend pas comment des êtres humains peuvent accepter un tel système. Son regard extérieur révèle l’absurdité du Kanun. Mais aussi son impuissance devant la force de la tradition qui se perpétue malgré la condamnation morale de la modernité.
Cette confrontation pose des questions anthropologiques fondamentales : peut-on juger les structures traditionnelles à l’aune des valeurs modernes ? La modernisation équivaut-elle nécessairement à l’émancipation ? Que perd-on dans l’abandon des traditions ?
Le renouveau post-communisme des traditions
Le régime communiste, qui prétendait éradiquer les valeurs féodales et instaurer un homme nouveau, n’est pas parvenu à éliminer totalement l’emprise des codes coutumiers et certainement pas celui du Kanun. Au contraire, Kadaré montre comment les structures traditionnelles persistent en souterrain, comment les logiques de l’honneur et du sang continuent d’opérer malgré la répression. Le pouvoir politique peut interdire, réprimer, rééduquer : il ne peut totalement abolir des schèmes culturels transmis sur des siècles.
L’œuvre de Kadaré suggère même parfois que le totalitarisme communiste a réactivé certaines logiques traditionnelles. La délation rappelle les mécanismes de contrôle communautaire, la terreur d’État évoque la vendetta institutionnalisée, le culte du chef ressuscite les figures patriarcales ancestrales.
Mais depuis la chute du communisme en 1991, l’Albanie a connu un renouveau paradoxal de certaines pratiques traditionnelles, y compris la vendetta. Ce phénomène, qui a surpris les observateurs, témoigne de la vitalité des structures anthropologiques profondes. Même s’il s’agit plutôt d’une réinvention des traditions, le Kanun demeurera un marqueur identitaire, notamment face à l’effondrement de l’État et une option, comme une ressource ou un avoir dans les conflits contemporains.
VI. La dimension universelle de l’anthropologie kadaréenne
Du particulier à l’universel
Si Kadaré documente avec précision les structures spécifiques de la société albanaise traditionnelle, son œuvre dépasse largement le cadre ethnographique particulier. Les questions qu’il pose touchent à l’anthropologie fondamentale : qu’est-ce qui fonde le lien social ? Comment les sociétés régulent-elles la violence ? Quelle est la place de l’individu dans les structures collectives ?
Le Kanun albanais devient chez Kadaré le cas particulier d’une structure anthropologique plus générale. Celle des sociétés segmentaires, des systèmes de vendetta, des économies de l’honneur qu’on retrouve dans d’autres cultures (Méditerranée, Caucase, Japon, …).
Cette universalisation du particulier permet au lecteur non albanais de reconnaître, au-delà des différences culturelles, des mécanismes anthropologiques fondamentaux qui éclairent la condition humaine en général.
La violence fondatrice et le sacrifice
L’œuvre de Kadaré explore de manière récurrente le thème de la violence fondatrice et du sacrifice. Dans Le Pont aux trois arches, l’emmurement d’un être vivant pour assurer la solidité du pont renvoie à des croyances répandues dans tous les Balkans.
Cette thématique du sacrifice fondateur rappelle les analyses de René Girard sur le rôle de la victime émissaire dans la constitution du sacré et du social[6]. Selon Kadaré, toute construction collective exige un sacrifice et l’ordre social se fonde sur l’élimination ritualisée de victimes.
Cette dimension anthropologique confère à son œuvre une profondeur qui dépasse le cadre albanais pour interroger les fondements mêmes de toute société.
L’individu face aux structures traditionnelle
C’est un questionnement anthropologique central qui traverse l’œuvre de Kadaré. Quelle marge de manœuvre l’individu possède-t-il face aux structures sociales qui le déterminent ? Peut-il s’en affranchir, les transformer, ou est-il irrémédiablement prisonnier ?
Ses personnages incarnent souvent cette tension tragique. Ils perçoivent bien l’absurdité ou l’injustice de ces codes traditionnels, mais ne parviennent pas à s’y soustraire. Gjorg, dans Avril brisé, vit cette contradiction dans sa chair. Il comprend qu’il est pris dans un cycle mortifère, mais ne peut imaginer y échapper.
Cette question dépasse le cas albanais pour toucher à l’anthropologie philosophique. Qu’est-ce que la liberté humaine dans une existence structurée par des déterminismes sociaux ?
VII. Conclusion : une anthropologie littéraire de la société albanaise
L’œuvre d’Ismaïl Kadaré constitue une contribution majeure à la connaissance anthropologique de la société albanaise traditionnelle. Sans être anthropologue professionnel, il a produit une documentation littéraire d’une richesse exceptionnelle sur les structures sociales, les codes d’honneur, les configurations familiales et tribales.
Cette anthropologie littéraire ne se substitue pas à l’ethnographie scientifique, mais la complète en explorant la dimension existentielle et tragique des déterminismes sociaux. Kadaré montre comment les structures anthropologiques ne sont pas de simples objets d’étude mais des forces qui façonnent les destins individuels, jusqu’à déterminer qui peut vivre et qui doit mourir.
Sa réflexion sur le Kanun, en particulier, offre un cas d’étude exceptionnel sur les mécanismes de régulation de la violence dans les sociétés segmentaires, sur la valeur piégeuse de l’honneur, sur la tension entre solidarité collective et sacrifice individuel.
Au-delà du cas albanais, l’œuvre de Kadaré pose des questions anthropologiques universelles sur les fondements du lien social, sur le poids des traditions, sur la possibilité ou non d’une émancipation individuelle.
En documentant avec précision les structures traditionnelles tout en révélant leurs coûts, Kadaré accomplit un double geste : préserver la mémoire d’un monde en voie de disparition et critiquer lucidement les oppressions qu’il imposait. Son anthropologie littéraire reste ainsi fidèle à une exigence humaniste qui refuse de sacrifier les individus (concrets) aux abstractions de la tradition ou de la modernité.
[1] De Rapper, Gilles & Kadaré, Ismaïl. L’Albanie entre la légende et l’histoire. Entretien avec Ismaïl Kadaré, Arles, Actes Sud, 2004 https://www.fnac.com/a1533639/Gilles-Rapper-de-Ismail-Kadare
[2] Lenclud, Gérard. « Reprise de sang », Terrain, n° 66, mars https://journals.openedition.org/terrain/16091
[3] Durham, Mary Edith. High Albania, London, Edward Arnold, 1909.
[4] Elsie, Robert. A Dictionary of Albanian Religion, Mythology and Folk Culture, New York, New York University Press, 2000. https://www.amazon.fr/Dictionary-Albanian-Religion-Mythology-Culture/dp/0814722148
[5] Faye, Eric, Prométhée porte-feu, Edition Corti, 1991 https://www.fnac.com/a160388/Eric-Faye-Ismail-kadare
[6] Girard, René. La Violence et le Sacré, Paris, Grasset, 1972 https://www.grasset.fr/livre/la-violence-et-le-sacre-9782246000518/