Hommage

Un an sans Ismaïl Kadaré (1936-2024)

Les temps du recueillement et de la mémoire

Un an déjà. Le 1er juillet 2024, Ismaïl Kadaré s’éteignait à Tirana, laissant le monde de la littérature orphelin de l’une de ses voix les plus touchantes. Douze mois se sont écoulés, et pourtant sa présence reste intacte dans chaque page de ses livres, dans chaque débat qu’il continue d’inspirer.

Une année de redécouverte

Nous, membres de l’association « Les Amis d’Ismaïl Kadaré », avons vécu cette première année sans lui comme un long dialogue avec son œuvre. Le chagrin initial a laissé place à une forme de compagnonnage renouvelé. Nous le relisons différemment, nous le découvrons encore, nous comprenons mieux la profondeur de son legs.

Une œuvre intemporelle

Cette année nous a aussi permis de mesurer à quel point l’œuvre de Kadaré transcende les circonstances de sa création. Le Général de l’armée morteAvril briséLe Palais des rêvesChronique dans la pierre : ces romans continuent de parler aux lecteurs d’aujourd’hui avec la même force qu’à leur parution.

Nombreux sont ceux qui, après son décès, ont (re)découvert ses livres. Les jeunes générations trouvent dans ses pages une lucidité politique et une maîtrise littéraire qui n’ont rien perdu de leur actualité. Ses réflexions sur les mécanismes totalitaires, sur la manipulation de l’histoire, sur le poids des mythes nationaux et sur la fragilité des libertés résonnent avec une acuité troublante dans notre époque.

L’urgence de sa pensée

Le Palais des rêves, notamment, cette allégorie magistrale de la surveillance et du contrôle, nous interpelle aujourd’hui peut-être plus encore qu’hier. Ses chroniques sur l’absurdité bureaucratique et la violence d’État continuent d’éclairer les dérives contemporaines. Kadaré avait cette capacité rare de transformer l’histoire albanaise en fable universelle, et c’est ce qui rend sa lecture inépuisable.

Au fil de nos rencontres et de nos échanges, nous constatons que son œuvre n’appartient pas seulement à l’Albanie ou à la France, ses deux patries. Elle appartient à tous ceux qui cherchent à comprendre les ressorts du pouvoir, à tous ceux qui refusent l’oubli, à tous ceux qui croient que la littérature peut être une forme de résistance.

Notre engagement continue

Au cours de cette année, notre association s’est mobilisée pour initier de nouveaux projets au service de la mémoire de Kadaré. Nous avons également reçu des de témoignages de lecteurs du monde entier, partageant ce que Kadaré avait signifié pour eux. Certains ont découvert une nouvelle forme de littérature grâce à lui, d’autres ont trouvé dans ses pages le courage de résister, d’autres encore y ont simplement puisé la beauté dont ils avaient besoin.

La promesse tenue

Il y a un an, dans notre première déclaration, nous avions promis de faire vivre son héritage. Cette promesse, nous la tenons. Chaque événement, chaque lecture, chaque discussion autour de ses textes est une manière de le garder vivant parmi nous.

Cette première année sans lui nous en a donné la preuve éclatante : l’homme est parti, mais sa voix continue de résonner, claire et nécessaire.

Vers l’avenir

En ce premier anniversaire de sa disparition, nous ne regardons pas seulement en arrière. Nous nous tournons aussi vers l’avenir, avec la certitude que les générations futures liront Kadaré comme nous lisons Kafka ou Orwell. Son œuvre a traversé les frontières et les décennies, elle traversera les siècles.

Notre mission continue : transmettre, expliquer, célébrer. Faire en sorte que son nom ne soit jamais oublié, que ses livres ne prennent jamais la poussière, que sa lucidité politique et sa maîtrise littéraire continuent d’inspirer ceux qui croient au pouvoir des mots.

Faleminderit, një vit pas*

Merci, Ismaïl, pour cette première année où tu nous as accompagnés autrement. Merci de nous avoir laissé une œuvre si riche qu’une vie entière ne suffirait pas à l’épuiser. Merci d’avoir fait de la littérature un acte de résistance et d’espérance.

Tu nous manques, mais tu es là, présent dans chaque page, dans chaque débat, dans chaque nouveau lecteur qui découvre ton univers.

« J’aurais souhaité continuer à croire encore un peu aux vertus de la littérature qui n’est pas encore advenue. En fin de compte, je lui devais cette liberté qui n’existait nulle part ailleurs que dans les rêves. »
— Ismaïl Kadaré, La Poupée (2015)

* Merci, un an après